Être vieux, c'est sérieux !

Dans notre monde, je parle de l'Occident, tout est nouveau, tout change ; ce qui est jeune est bon, le changement est nouveau, la nouveauté est changeante et qu'on soit humain ou grille-pain, il n'est pas recommandé de vieillir.

Le monde est né d'hier, il commence aujourd'hui et renaîtra demain. Nous parlons naturellement de prévenir les marques du temps, anti-tache, anti-rouille, anti-ride, anti-vieillesse. Sans anti, pas d'espoir. Vieux schnock, vieux de la vieille, vieux machin, vieille chouette, la mode est à tout sauf à l'ancien.

Si la vieillesse est un naufrage, alors je donne ma langue au chat. La vie ne serait finalement que ce grand voyage de l'absurde où nous traversons périls et océans, déserts et continents pour mieux glisser, ridicules et impotents sur la pente irréversible de la fatalité.

Il est vrai que l'on meurt. Il est encore plus vrai que nous nous amenuisons avec le temps rapport au fonctionnement et aux apparences de notre corps. Mais ce serait bien un comble de laisser aux émotions faciles le soin de traiter de la chose. Et pourtant, la vieillesse en a frappé plus d'un depuis la jeunesse de  l'espèce.   Des études récentes révèlent que lorsque nous ne mourrons pas, nous vieillissons. J'en connais, décédés un peu tôt, qui aurait tout donné pour vieillir en paix.

Toutefois sur le sujet du vieux, je ne sais pas de sociétés plus mal barrée que la nôtre. Si nous ne sommes pas incompétents, alors nous sommes de mauvaise foi. Nous faisons tout pour dramatiser la vieillesse, tout pour la rapetisser, la rendre déplorable et la disqualifier. Oui, il se cache du "petit" dans notre regard  moderne sur le vieux. Petits vieux, petites vieilles qui font des petits dodos, des petits pipis, ils prennent des petites marches, des petites pilules, ils reçoivent de la petite visite, un petit-fils, une petite-fille, ils mangent comme des petits oiseaux et puis meurent comme des petits poulets.

La sensibilité de la durée n'existe tout simplement pas. La valeur du temps s'annule depuis que, dans notre esprit, tout ce qui dure perd des plumes. Il pleurera à chaque ride, il maudira ses cheveux gris, il paniquera au premier mal de dos, au premier signe d'arthrite, celui pour qui la beauté se résume toute  entière au look de la jeunesse.

Nul ne sait plus assumer ses pertes de mémoire et plus personne ne sait boiter. Personne ne se vante de son grand âge, la durée n'en impose plus. Nous ne préparons pas notre vieillissement. Nous préparons notre retraite comme on prépare ses vacances mais nul n'envisage réellement sa vieillesse.  Nous la nions  plutôt, nous la craignons et nous renouvelons les mots pour cacher nos frayeurs :  âge d'or, troisième âge et autres inepties. Comme si le mot vieillard était déjà trop vieux.

Je ne dis pas que vieillir est agréable. Mais on meurt à tous les âges, on est malade en été comme en hiver, on déprime à n'importe quel moment de sa vie, les crétins se retrouvent fréquemment et partout dans la colonne de la vie et j'ai connu trop de vieux et de vieilles qui rebondissaient mieux que certains jeunes prématurémennt épuisés  pour m'inquiéter sérieusement du temps qui passe.

Je crains la maladie, je crains le gagaïsme, je crains le scandale de la souffrance et de la perte. Mais je ne crains pas mon âge et tous les âges que j'atteindrai. Je me propose d'embrasser chacune des années qui me seront données. Avec une canne en merisier que je lèverai au ciel, je clamerai mon grand âge sur tous les toits de la ville et je serai le premier responsable de ma fierté, si Dieu me prête l'amour et la santé.

Nous devrions respecter nos vieux parce qu'ils sont vieux, un point c'est tout. Les vieux sont des pierres  et des monuments, des arbres tutélaires, des âmes sculptées par le temps. Les vieux sont des témoins  principaux. Ils représentent le temps passé et ce sont eux, l'histoire. À quatre-vingts ans, ma mère est si  belle qu'elle donne à tous les jours un nouveau sens à la notion de dignité.

J'espère ma vieillesse comme j'ai espéré toute ma vie. J'aurai la peau comme une écorce très ancienne, profondément ridée. Je serai honorable mais je serai armé.  À la pointe du fusil, je forcerai les jeunes à écouter mes platitudes et jongleries. Et je tirerai un coup de semonce au premier qui me proposera une  petite collation, un petit voyage en autobus, voire  un petit n'importe quoi. Tous les vieux devraient être armés...

Serge Bouchard, anthropologue

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Philippe Geluk

Arrivé au dernier tiers de sa vie il faut voir les choses en face et profiter des meilleurs moments que la vie nous réserve. Etre vieux n'est pas bien grave, par contre être mort c'est irrémédiable. Pense-t-on vraiment à sa propre mort ? On pense plutôt à la mort lorsqu'on perd des êtres chers.

Est-ce qu'on se voit vraiment vieux ? personnellement je n'y pense pas. Je me sens toujours jeune et quand dans la glace je me regarde, je vois le visage de maman qui me sourit lui ressemblant beaucoup.

On peut dire que maintenant je fais partie des vieux et on peut bien me traiter de "petite vieille", je ne me sens jamais concernée puisque je ne le pense pas. Par contre, quand je parle de gens de mon âge, je dis souvent " tous ces vieux qui ....." comme si je n'en faisais pas partie et pourtant ...... alors comme je ne suis pas bien grande, je dirai que je suis une JEUNE, PETITE VIEILLE. Vous avez du remarquer que je n'ai pas employé les mots " troisième âge, séniors, âge d'or et autres mots qui ont l'air de réconforter ". Le mot "vieux" est si "vieux" qu'il ne se démodera jamais, que c'est un mot que tout le monde comprend et que je l'aime !

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