Eté comme hiver, tous les lundis, maman avait pour habitude de faire la lessive. Le confort n'était pas encore bien entré dans les maisons dans les années cinquante. Elle devait donc tout faire à l'ancienne, c'est à dire à la main ... Pour 5 personnes, dont 3 enfants, ce n'était pas de tout repos, surtout que chaque mois, maman passait presque une semaine à se traîner tant bien que mal avec des migraines qui l'alitaient au lit pendant trois jours lui provoquant comme des crises de foie.

Lorsque la lessive tombait un jour néfaste, je vous laisse imaginer sa souffrance physique, mais il fallait bien assumer. Alors elle me demandait de l'aider.

Je la revois mettant le linge blanc à bouillir dans une grande lessiveuse, trônant sur une vieille gazinière. Elle brassait l'eau mousseuse par la lessive qu'elle avait fait tomber en pluie avec une très longue cuillère en bois, "touillant" le linge en le soulevant et le tournant avec dextérité pour ne pas recevoir quelques éclaboussures qui auraient pu l'ébouillanter. Une fois le linge blanchi, s'il restait quelques taches, maman mettait de l'eau de javel dont elle faisait à l'époque un très grand usage, pour désinfecter disait-elle, et "pchitt"..... tout partait comme par enchantement. Elle mettait ensuite le linge blanc de côté en attendant le rinçage qui se faisait dehors dans le jardin.

Nous n'avions peut-être pas le confort dans la maison, mais nous avions le privilège d'avoir un jardin, entretenu par les propriétaires qui habitaient au 1er et 2ème étage. Nous habitions donc le rez-de-jardin et c'était mieux ainsi pour pouvoir jouer dehors, entrer et sortir à notre guise, sans gêner personne.

La cuisine dans laquelle nous vivions la plupart du temps se situait à l'arrière de la maison et la fenêtre donnait sur le jardin. En se penchant, d'une toute petite hauteur, on voyait en dessous dans le jardin, un emplacement carrelé formant évacuation, agrémenté d'un gros robinet d'eau d'où on pouvait arroser le jardin ou se laver l'été.

Pour le linge de couleurs et le linge très sale, maman installait deux tréteaux surmontés d'une planche et là, courageusement elle commençait, comme une lavandière, à brosser le linge souillé avec vigueur les lundis de grande forme et une grande lassitude les lundis migraineux. Elle se servait beaucoup du gros savon de Marseille très pur, pour le brossage qui, maintenant, je pense est un peu désuet.

Je l'aidais souvent à rincer, j'aimais bien. Elle installait un grand baquet en bois, comme la moitié d'un tonneau, sous le gros robinet d'eau. Nous rinçions d'abord le linge de couleurs qu'elle venait de brosser, dans plusieurs eaux jusqu'à ce que celle-ci soit claire et nous en faisions autant pour le linge blanc qui attendait dans la lessiveuse. Maman aimait chanter et pour se donner du coeur à l'ouvrage elle entonnait les chansons d'autrefois. Elle chantait bien maman.

L'été, mes frères s'y mettaient aussi et ce n'était qu'éclats de rire cherchant à nous arroser surtout les jours de grands soleil et de grosses chaleurs.

Le plus dur, c'était l'hiver, surtout quand il faisait grand froid. Les mains étaient vite gelées et l'eau n'arrangeait rien. Mais il fallait bien faire cette corvée, si non, la fois d'après nous en avions plus à laver. C'est bizarre, mes l'hiver mes frères trouvaient toujours une excuse pour rester au chaud.

Puis maman étendait le linge qui sentait bon le propre dans la cuisine, sur les fils tendus sous plafond, qui séchait l'hiver en une nuit. Un gros poêle rempli de charbon avant d'aller au lit marchait toute la nuit pour que le matin, au réveil, nous nous levions dans une atmosphère chaude, humide et ouatée qui sentait bon. Comme il restait encore quelques braises dans le poêle à charbon, papa le réalimentait et c'était reparti pour une journée .....

Ainsi les semaines passaient, faites de joies et de peines, de corvées et de plaisirs, mais tous ces souvenirs sont remplis d'amour.

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Chauffage à charbon qui ressemblait à celui que nous avions, mais je crois que le nôtre était tout en fonte.

Il y avait toujours quelque chose qui mijotait ou qui restait au chaud dessus.

 

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Lever du jour promettant une belle journée. Photo personnelle