dJe le nommerai Antony. Il avait neuf ans. Tous les jours il revenait de l'école, chez lui,  pour déjeuner le midi avec sa maman Alexandrine qui lui préparait de bons petits plats. C'était un petit garçon sans histoires, facile à élever, toujours souriant, plein de vie mais peu bavard.

Alors qu'il était attablé avec sa maman dans la cuisine, un coup de téléphone retentit. Sa maman se leva :

- Allo ! Oui, je suis bien la maman d'Antony !

A l'autre bout du fil :

- Madame, je suis la maman de Jérome et je vous informe qu'il ne faut pas vous étonner si vous entendez parler que votre fils a dégonflé des pneus de voiture. Et puis silence, on raccrocha.

Retournant dans la cuisine et jetant un coup d'oeil sur son fils, Alexandrine fut surprise de le voir rouge pivoine, piquant le nez dans son assiette. Il avait tout entendu et n'en menait pas large. Directe et sans prendre de gant elle s'écria :

- Dis donc Antony, il paraît que tu as dégonflé des pneus de voiture ? Quand, Où et combien ?

- Oui maman, répondit l'enfant, mais je n'était pas tout seul, il y avait Jérome.

Son sang ne faisant qu'un tour, Alexandrine emmena Antony demander des explications chez Jérome.

La maman de Jérome considéra que son fils était blanc comme neige. Jérome (neuf ans également) avait bien assisté à l'évènement mais n'avait rien fait, il ne faisait que regarder. Il n'était pas question pour Alexandrine, rouge de honte et les yeux embués de larmes de laisser passer ce fait. Elle avait le devoir en tant que maman de réprimander son enfant et de le mettre en face de ses responsabilités pour que plus tard il ait le respect des autres et de leurs biens. Pendant qu'elles bavardaient entre mamans, les garçons s'expliquaient en aparté mais suffisamment fort pour qu'Alexandrine entende ceci :

Antony : Jérome, pourquoi ne dis tu pas la vérité, toi aussi tu as dégonflé deux pneus, même que tu as jeté les valves dans la nature (la nature étant la pelouse de la résidence)

Jérome : Non, ce n'est pas vrai, c'est toi qui a tout fait.

Les explications étant clauses, voyant la mauvaise foi chez Jérome et n'arrivant pas à savoir sur quelle voiture les pneus avaient été dégonflés, Alexandrine et Antony s'en retournèrent chez eux. Au moment où ils entrèrent, Antony, timidement et craintivement tendit une pièce de 5 centimes de Francs en disant à sa maman :

- Voici ce que Jérome m'a remis, me demandant de m'accuser du tout.

Là, s'en était trop. Non seulement Jérome était menteur mais il était vil. A neuf ans cela promettait !Alexandrine retourna illico presto voir la maman de Jérome pour lui remettre les 5 centimes que son fils avait donné à Antony pour s'accuser du tout. La maman de Jérome, en entendant la porte s'ouvrir, tourna le dos, sans un mot et partit dans le fond de son couloir laissant les 5 centimes jonchés le sol.

Après avoir bien réfléchi, il fallait qu'Antony soit punit, mais comment pouvait-on lui faire réparer sa bêtise ? Antony avait 10 francs dans sa tirelire. Il fallait donc qu'il répare les dégâts. Alexandrine réussit à connaître la propriétaire de la voiture qui avait subi le méfait. Alors, ni une, ni deux, dès le lendemain, après l'école, dans la soirée, le coeur gros, mais le devoir avant tout, la maman et le petit garçon allèrent s'excuser auprès d'une dame charmante et très compréhensive. Voyant qu'Antony venait lui donner ses 10 francs pour le préjudice causé, c'est à dire simplement de regonfler les pneus car seules les valves avaient été dévissées, la dame en faisant un clin d'oeil à Alexandrine dit :

- Je sais que votre petit garçon ne recommencera pas. Il est bien élevé. Il est venu s'excuser. Je lui pardonne, il peut garder ses 10 francs. Quand à l'autre petit garçon, car je sais qu'ils étaient deux, Dieu seul sait ce qu'il deviendra ......

Alexandrine qui travaillait a mi-temps a aussi fait remarqué à Antony que si un petit garçon lui avait dégonflé ses pneus, elle n'aurait pas pu aller travailler, il aurait fallu qu'elle fasse venir le garagiste, que cela lui aurait coûté de l'argent et du temps.

Antony a très bien compris qu'il ne faut pas faire aux autres ce qu'il ne veux pas qu'on lui fasse. De ce jour, il est resté droit dans ses bottes et sait parfaitement transmettre à sa fille les valeurs que ses parents lui ont inculquées.

On est toujours fier de sa progéniture, mais au moindre faux pas, il ne faut pas fuir devant les difficultés et surtout ses responsabilités même si on a honte. C'est en montrant le droit chemin très tôt aux enfants qu'on leur évite bien des écueils plus tard.

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