Et me voici transportée par le Transilien revenant de Paris. Vous savez ce train de la Région Ile de France qui véhicule les banlieuzards de la petite et grande couronne autour de notre capitale.

Habitant un petit village entre Versailles et Rambouillet, j'ai le privilège d'aller de temps en temps me promener dans Paris. En 42 mn très exactement, j'arrive à cette grande gare Montparnasse qui acueille aussi les grandes lignes de Province.

J'étais donc assise dans un wagon, dans le sens de la marche et j'observais avec un plaisir un peu dissimulé, je l'avoue, alors que j'aurais du sourire, montrant combien mon bonheur de contempler et d'étudier les visages des gens était grand. Mais comme eux, ne voulant pas qu'on me prenne pour une demeurée partie je ne sais où pour sourire aux anges, j'ai préféré adopter l'attitude de tout un chacun : Rester dans sa bulle et faire croire à mon indifférence.

Personne ne pouvait penser que je me régalais à examiner le comportement de tous ces êtres qui rentraient pour la plupart du travail, fatigués de faire journellement deux heures de trajet par jour, aller et retour, pour gagner de quoi vivre.

J'étais la seule à avoir la tête droite et le regard mobile. Ah non ! en face de moi, une femme, les cheveux mi-longs, blondasse, la cinquantaire, plutôt négligée, mangeait un gros sandwich, tout en dessinant à la mine de crayon sur un bloc posé sur ses genoux. Mais que dessinait-elle ? J'étais intriguée car ses yeux, presque noirs me frôlaient la joue sur la gauche, montrant son intérêt pour quelqu'un derrière moi. Ses paupières se baissaient et se relevaient comme des stores, scrutant d'un air presque méchant la cible choisie. Son crayon allait et venait sur le papier, par petites touches, se levait, retombait. Puis, d'un coup, elle tourna la tête pour regarder défiler le paysage et se décida, enfin à tourner la page.

C'est à ce moment que j'ai vu qu'elle croquait des visages. Etait-ce par passion ? Travaillait-elle dans la police ? Elle garda le secret durant tout le trajet.

Je vous confie que je n'étais pas très à l'aise de la voir lancer des flèches noires de ses yeux scrutateurs, à droite et à gauche de mon visage. Etant au centre je me demandais bien à quel moment j'allais être à mon tour la cible. De temps en temps, nos regards se croisaient car je cherchais à savoir si elle n'était pas en train de me profiler après m'avoir décalquer. Mais pourquoi l'aurait-elle fait ? Son petit registre était plein de bouilles, de faciès et de gueules dans tous les sens montrant une frénésie débordante pour les portraits plutôt caricaturaux. Ses yeux de sorcière, inquisiteurs et noirs, me dérangeait au plus haut point et une sensation malsaine m'envahissait. Il n'était pas question que je voyage une minute de plus auprès d'une créature que je ne reconnaissait pas comme bienfaisante.

Depuis toute petite, mon instinct m'a toujours bien guidé et comme ce n'est pas dans mes habitudes d'être aussi gênée par quelqu'un, je n'avais qu'une hâte c'était de changer de place à la première occasion. Mais le wagon étant plein, je ne voyais aucune issue. Il me restait encore 5 arrêts avant ma destination. Le prochain arrêt fut le bon car de nombreuses personnes quittèrent la voiture. Ni une, ni deux, je fis comme eux mais simplement pour aller m'asseoir un peu plus loin, là où j'ai retrouvé mon calme intérieur très rapidement.

C'est la troisième fois dans ma vie que j'ai une répulsion aussi forte pour quelqu'un. Plutôt que de résister ou d'essayer de faire passer le message que je suis la plus forte, je préfère fuir afin de garder mon énergie qui aurait été happée inutilement et que j'aurais eu du mal à récupérer. Cela m'aurait mener où ? à rien !

On rencontre de tout dans les transports parisiens, mais là, quelle aventure ....... sans paroles ..... tout par l'esprit ...... Peut-être me suis je fait un peu trop de cinéma et que finalement cette femme n'avait rien de méchant. Simplement sa présence n'était pas faite pour moi !

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