J'habite la grande banlieue à côté de Versailles. Mon jardin n'a pas le faste du parc du château de Louis XIV avec ses grands bassins et ses grandes eaux, mais il est bien arrosé par la pluie qui, selon sa fantaisie tombe en bruine, drue, en fines  perles ou en grosses larmes, formant parfois de beaux rideaux qui s'affaissent en flaques où viennent patauger les oiseaux.

Tous les deuxièmes mardis de chaque mois je me suis octroyée une petite sortie à Paris avec une amie. C'est ainsi que mardi dernier, en mettant mon nez dehors, j'ai vu qu'il me faudrait un parapluie. Pas très pratique pour se balader dans Paris, mais comme avec mon amie, nous ne décidons rien à l'avance, nous verrions bien sur place pour se balader ou aller au cinéma.

Je conduis tous les jours, mais depuis que je suis en retraite, je ne vais plus dans Paris en voiture. Trop de "circule" et surtout trop dangereux avec ceux qui se croient seuls au monde et qui slaloment comme sur un circuit. Un rien d'innatention et vous êtes cuit pour toujours !!!!!

Je préfère donc avoir mon chauffeur qui m'emmène à la gare à 7 minutes de chez moi. Là je prends un train qui s'appelle le Transilien qui va à la Gare Montparnasse en 42 minutes. En fin de matinée vers 11 H il y a peu de monde et nous ne sommes plus assis sur des sièges en bois comme il y a quelques années qui vous faisaient mal aux fesses. Tous les vieux wagons ont été mis au rebut pour laisser la place à de nouveaux dont les fauteuils en tissus épais, veloutés et colorés sont nettement plus doux pour les coccyxs.

Je monte toujours dans la première voiture du train juste derrière la cabine du chauffeur, ainsi, trois stations avant d'arriver à Montparnasse, mon amie me rejoint en tête du train et nous finissons le trajet ravies de nous retrouver.

Comme nous arrivons toujours vers midi, la première chose que nous faisons c'est d'aller nous régaler au restaurant. L'hiver c'est souvent l'hippopotamus.

1) parce qu'il est près de la gare et qu'en cas de pluie nous sommes vite à l'abri.

2) parce que nous avons une carte de fidélité et qu'au bout de 4 visites nous avons un repas gratuit.

3) parce que nous y mangeons bien, les serveurs sont aimables et personne ne nous bouscule pour partir.

Après nous être sustentées et bien bavardé à refaire le monde, en général, quand il pleut, nous allons toujours voir un film. Le cinéma est juste à côté du restaurant, cela nous permet de ne pas sortir nos parapluies.

C'est ainsi que cette semaine, j'ai vu " PRIMAIRE"

C'est une projection de film dont on ne sort pas indemne. L'école, on l'a connue, on la fréquente, on la fantasme. Mais dans Primaire, on la vit de l'intérieur. On saisit l'essence-même de ce qui s'y joue pour la société ; l'importance ultime du métier d'enseignant. Tout est minutieusement décrit, savamment dosé : les bruits des couloirs, les atmosphères des salles de classe, les mal-être des élèves, leurs rires aussi, les tensions entre profs, les joies fugaces, les flottements. Tant et si bien qu'on en vient à se demander si le long-métrage qui se déroule devant nous n'est pas plutôt un documentaire précis sur l'école.

Florence, une institutrice de CM2 est passionnée par son métier. Elle se laisse emporter par l'aide qu'elle veut porter à Sacha, un enfant délaissé par ses parents. Elle est prise avec son rôle de mère, sa vie de femme et sa vocation d'enseignante. Elle ne peut pas mener tout de front et vient l'heure des choix, des renoncements. Elle perd ses idéaux pour s'en forger de nouveaux et ainsi grandir. Le comportement de certains enseignants vis à vis des enfants en difficulté et surtout des handicapés mentaux qui sont en "CLIS" et "ULIS" est parfois déplorable et leurs pensées à côté de la plaque et je sais combien il faut se battre pour faire reconnaître les capacités de ces enfants. Mon petit-fils de 25 ans Trisomique 21 a quand même été capable de passer un C.A.P de serveur en salle en Lycée Professionnel et maintenant il travaille en C.D.I dans une chaîne de restaurants connue. Si sa maman n'avait pas eu la niaque, il serait dans un institut depuis longtemps et il serait malheureux comme les pierres, expression très bien appropriée quand on sait  qu'il s'agit d'une métaphore où les pierres sont enfoncées dans le sol par le piétinement des passants sans possibilité de réagir puisqu'elles n'ont pas de sentiments. Cette attitude subie par les pierres peut faire référence à un sentiment d'extrême tristesse. Ces enfants ont des sentiments autrement plus beaux que le monde dit "normal" et nous ferions bien d'en prendre de la graine. Ils ont un raisonnement juste, et souvent plein de bon sens, comprennent beaucoup de choses mais ont une très grande difficulté à expliquer leur ressenti et leurs pensées sur l'instant. C'est souvent après coup.  De plus il vit seul dans son petit appartement, sous surveillance familiale, et gère sans trop de difficultés ses affaires quotidiennes et courantes. Il est heureux et nous sommes fiers de le voir s'épanouir.

Malheureusement, beaucoup de parents baissent les bras par lassitude et découragement devant des personnes qui ne veulent pas s'investir pour tirer les plus faibles vers le haut, cela demandant trop d'efforts. Ma fille écrira certainement un jour le parcours de son enfant et ce qu'elle a entendu de la part de professionnels qui pensent avoir la science infuse alors qu'ils sont d'une grande nullité jusqu'à la méchanceté.

Pour en revenir à ce film " Primaire", c'est un film plein d'émotions mais aussi de rires, de gaité et surtout d'espoir. L'espoir de penser que si la société veut évoluer vers un monde meilleur il faut se tirer vers le haut, les enfants comme les adultes et ainsi faire briller la petite étoile que chacun a en lui.

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